Entrevue avec Archevêque Irénée

COM: Alors, merci d’accepter de faire ça avec nous. Dans le fond on veut surtout apprendre a vous connaitre davantage, pour que les gens puissent vous connaitre davantage. Alors, peut-être pour commencer vous pouvez nous parler de votre jeunesse, votre vie à la maison, votre famille.

VI: Moi je suis né dans une famille canadienne française en 1948. Mon père était contracteur peintre, mais il est mort quand j’avais quatre ans. J’ai été élevé par une tante, que était ma marraine, qui était propriétaire avec deux de ses sœurs, d’une hôtel à Rawdon. Et ma mère est allée travailler là éventuellement, pour aider quand mon oncle est mort.

C’est à Rawdon que j’ai rencontrer les premiers orthodoxes. J’allais à l’école là-bas. C’était des clients de l’hôtel. C’était des Cheriaf du grand ballet canadien, dont les enfants avaient mon âge et on ses lier d’amitié. D’ailleurs on est toujours amis aujourd’hui. C’est eux qui m’ont amené à l’église russe la première fois. Quoique j’étais déjà allé dans une église antiochienne avant pour des funérailles. La chose intéressante est que je me sentais à l’aise, même à l’âge de huit ou neuf ans — puis onze ans à l’église russe — je me sentais déjà à l’aise.

COM: Même si ce n’était pas dans votre langue.

VI: Oui, je ne comprenais rien! Mais, pour moi c’était normal, j’étais à ma place, même à cet âge là. Donc j’avais onze quand je suis allé à l’église russe pour la première fois et pendant les six ou sept prochaines années, j’ai fais beaucoup de recherches dans ce temps. Il y avaient des encyclopédies, des livres de bibliothèques, sur les églises orthodoxes, sur le rite orientale. Puis à Montréal il y avait une église russe-catholique, qui faisait tout selon le rite byzantin, sauf qu’ils étaient sous le pape, c’était des jésuites. Et j’ai commencé à aller à l’église là-bas, donc je croyais trouver le meilleur des deux mondes. C’est là que j’ai appris le slavon. C’est là que j’ai commencé à apprendre, j’ai appris quelques mots, j’ai acheté des livres, j’ai commencer à apprendre un peu de russe, j’ai appris à chanter…

COM: Vous, votre famille était Catholique?

VI: Oui, mais, comme tous les canadiens français dans les années soixante, tout a pris le bord. Mais, c’étati justement en 61. Comme les canadiens-français s’éloignaient de l’église, moi j’allais dans une église russe, alors ça ne les dérangeaient vraiment pas. Donc c,est en 61 que j’ai fais ce premier contact avec l’église russe à Rawdon, et en 67 je suis devenu orthodoxe.

COM: Ok, alors votre famille n’était pas trop dérangée par ça?

VI: Il y a eu des petits sebrousseaux , mais rien rien de… éventuellement, même cette tante est devenue orthodoxe, ma mère est devenue orthodoxe, un de mes neveux est devenu orthodoxe aussi.

COM: Ok, alors vous avez débrousser le chemin un peu pour eux.

Est-ce qu’il y a, à part cette famille russe là, d’autres influences, que ca soit des livres, des événements, des saints, qui vous ont vraiment influencés.

VI: Oui, bien j’ai commencé à découvrir la théologie orthodoxe elle-même lorsqu’en, in 66, lorsque j’ai décidé de devenir orthodoxe. Parce que dans l’église russe-catholique on apprenais rien. C’était de catholicisme avec le rite russe. Donc, ce que je trouvais dans les encyclos était assez neutre, on donnait surtout l’histoire des choses comme ça. Mais c’était de participer à la vie. C’était à l’église St-Nicholas à Montréal, c’était une église russe hors-frontières. C’était pas un choix politique, c’était simplement l’église la plus proche de chez moi. et c’était Monseigneur Vitali avait sa résidence à un pâté de maison de chez moi. Alors c’était facile pour moi d’aller là. Donc lorsque je me suis impliqué, lorsque j’ai rentré dans la vie de la paroisse et dans la vie de l’église orthodoxe, j’ai commencé à découvrir beaucoup de choses, et en m^me temps j’ai fais connaissance de, il y avait un ‘Orthodox Christian Fellowship’, OCF à Montréal à l’université McGill. Alors des gens, non pas de l’église russe hors-frontières, mais de l’église Sts Pierre et Paul à Montréal, m’ont mis en contact avec ce groupe là d’étudiants. Donc, c’est là que j’ai fais connaissance avec des jeunes de mon age qui parlaient anglais, français, qui avaient les memes intérêts pour l’église orthodoxe. J’ai fais connaissance avec St Vladimir, j’ai été pour des réunions là-bas, des choses comme ça. Donc, il y a eu, tout en étant membre, participant, dans la vie de l’église St Nicholas, j’allais quand même ailleurs. Je n’ai jamais eu tendance à être sectaire ou renfermé sur moi-même, ce qui est une bonne chose.

M: Je suis d’accord!

VI: C’est pour ça que je comprends très bien ce que les gens dans l’église russe hors-frontière vivent, et leurs sentiments vis-à-vis le reste de l’orthodoxie. Parce que je les connais intimement. Donc je peux les comprendre et je ne peux pas passer de jugements, parce que c’est l’histoire qui a fait ça, qui les a faits comme ça.

M: Alors ça vous donne une…

VI: Avantage

M: Avantage, c’est ça, pastorale si on veut.

VI: Oui, c’est ça.

M: Qu’est-ce que vous faisiez? Vous étiez aux études?

VI: Oui, oui, c’est ça. Je suis venu étudier à l’université d’Ottawa. En 66-67 j’étais à Cornwall, au collège de Cornwall, qui a fermé. Et ensuite qui a été affilié à l’université d’Ottawa et la majorité des étudiants ont transféré à Ottawa. Donc j’ai fini mon Bacc à l’université d’Ottawa, et après ca en 71 je suis parti au monastère.

M: Et votre bacc vous l’avez fait en quoi?

VI: En études slaves.

M: Ok. Et alors vous êtes parti au monastère à Jordanville?

VI: Oui, je me suis concentré là-dedans. Pendant que j’étais là, ils m’ont fait étudier au séminaire. Après trois ans j’ai été tonsuré rassophore et un an plus tard, donc durant ma quatrieme année, j’ai fais des vœux. Après ça, durant les deux, trois dernière années, j’aidais M. Averqui, qui était l’abbé du monastère, qui avait eu un ACV puis qui était paralysé. Donc, on étaient deux pour s’occuper de lui, vu qu’il était paralysé. L’autre c’était un autre canadien, qui s’appelait Igor Kappan, qui est maintenant le Met Hilarion de l’église russe hors-frontières à NY.

M: Ah oui?

VI: Oui. Donc moi je m’occupais de lui le matin et Igor s’occupait de lui le soir.

M: Donc ça vous donne un autre contact quand même assez important.

VI: OUi. Ce que j’ai aimé du monastère, c’est justement d’avoir connu toute cette génération de père qui sont sorti de la russie. Bon, à cause de la révolution. Il y en a avec qui je n’étais pas du tout d’accord, mais c’était un minimum. mais la majorité d’entre eux étaient des gens d’une spiritualité. PUis je pense que c’était une génération qui ne s’est pas nécessairement renouvelée. Parce que leur expérience de vie, ils l’ont transmise intellectuellement à ceux qui les ont connu, mais, ce qu’ils ont vécu c’était unique. Eux, même, avaient hérité des grands de la Russie. Donc c’était très intéressant. Et on voit aujourd’hui, après leurs morts, le monastère… c’est gens là n’ont pas été remplacés. Il y a des gens là, mais, ce n’est pas ce que c’était dans les années 50, 60, 70.

M: Qu’est-ce que vous diriez était la plus grande leçon? Qu’est-ce que vous avez appris d’eux que vous portez toujours aujourd’hui?

VI: Ce lien. Ce lien avec le passé. On ne peut pas réinventer la roue. Et je pense que l’église orthodoxe, c’est le christianisme fondé par les apôtres, ça existe depuis 2000 ans et il ne faut pas s’imaginer qu’on peut la réinventer. Il faut aller puisser aux sources, aller puisser à nos peres dans la foi. Et mettre leur expériences et leurs enseignements et leurs témoignage, il faut les mettres en pratique aujourd’hui et non pas essayer d’inventer quelque chose de nouveau, qui est souvent une erreur que des convertis peuvent faire.

M: Oui, peut-être en voulant enlever se qui est russe par culture.

VI: Ce qui est dangeureux, parce que les cultures locales, qu’elle soit russe, roumaine, bulgare, arabe, grec, toutes les cultures orthodoxes, ce sont des cultures qui sont tellement une symbiose entre l’orthodoxie et leur culture locale. Mais je sais que moi je me sens parfaitement à l’aise au mt Athos ou bien au moyen orient ou les choses se font avec la saveur, l’odeur, le son du moyen orient ou de la grece ou d’ailleur, mais on reconnait à l’intérieur le même esprit et ce qu’on peut trouver en russie ou en ukraine ou en bulgarie c’est l’extérieur qui change, mais l’intérieur, l’essence même de l’orthodoxie est la même. Et le danger c’est en voulatn ce débarasser de ce qui est ethnique trop vite, sans pouvoir transfigurer sa propre ethnie, sa propre culture à soi, on risque de se débarasser de l’essentiel aussi. C’est un des dangers.

Je ne dis pas qu’il faut devenir russe et au contraire, moi j’ai toujours dis, surtout quand j’avais commencé la mission en français à Mtl, j’ai dis, moi j’ai passé au travers, au monastère, cette assimilation, que je ne considère pas, je ne me suis jamais senti russe. Même si j’aimais la culture russe, l’église russe, mais si je l’ai, moi, assimilé, c’étais pour ceux qui venaient après moi, ceux que je pouvais aider, n’aient pas à le faire. Mais de vouloir en rayer ça, moi je ne pourrais pas. Et les générations canadiennes, ou nord-américaines, ou européennes, l’europe de l’ouest, etc, l’amérique du sud, qui embrassent l’orthodoxie d’une génération à l’autre, vont – si ils préservent l’orthodoxie – ils vont transfigurer leurs propres cultures. Et ils n’auront plus besoin de toujours se référer à une autre culture. Mais ça ce n’est pas un procédé qui se fait du jour au lendemain. Il faut vraiment posséder cet esprit, l’esprit de l’église et ensuite transfigurer qui nous sommes et en faisant ça, l’église va devenir locale. On ne peut pas le faire artificiellement, mais il faut soi-même se changer.

M : Mais, c’est çà, ça prend quand même des points de repère.

VI : C’est çà. Donc, si vous allez le chercher dans une église antiochienne, ou dans une église grecque ou roumaine, je ne veux pas dire qu’il faut devenir çà, mais il faut quand même pouvoir, à travers ces cultures, aller chercher l’essentiel.

M : Et peut-être ici, d’un certain côté, on a l’avantage de pouvoir aller participer, aller voir dans toutes ces églises là, les grecs, les russes, les…

VI : Et ici la cathédrale ici à Ottawa a cet avantage d’être, d’avoir été à l’origine une paroisse russe. Et lorsque qu’il y a eu cette, peut-être je me trompe, mais lorsqu’il y a eu cette unification des deux côtés, russophone et anglophone, je suis sur qu’il y a eu des influences des côtés. Et on se sent pas ici comme dans une paroisse de convertis. Mais il y a des paroisses qui n’ont jamais eu ce contact, surtout des paroisses anglicanes, des groupes d’anglicans qui se convertissent et c’est très, très difficile. C’est très difficile pour eux.

M : Pour revenir en arrière, quand vous êtes allé au monastère, pour reposer une question, comment votre famille a réagi face à çà?

VI : Neutre.

M : Alors vous êtes resté là sept ans.

VI : Sept ans et demi.

M : Sept ans et demi.

VI : Après çà je suis parti, avec la permission, du monastère, de mon père spirituel, qui était le père Cyprien, un iconographe. Donc, avec la permission de l’abbaye et de mon père spirituel je suis parti en Europe, où j’ai été ordonné diacre et prêtre en ‘78 et j’ai célébré là-bas pendant quatre ans. Et lorsque je suis revenu à Mtl, c’était parce que je trouvais qu’il fallait commencer à s’occuper un peu des francophones.

M : Vous étiez en France?

VI : Oui, en France puis à Genève. Genève-Lyon. Je faisais les deux.

M : Alors vous pensiez à prendre soin des francophones au Québec.

VI : C’est ça. Il n’y avait rien. Il n’y avait rien.

Donc je suis revenu en février ‘82 tout de suite on s’est mis au travail avec quelques personnes et on a fondés la première paroisse qui était dédiée à St Grégoire le Grand, le pape de Rome. Et qqs mois plus tard le père Stephen Bingham a commencé une paroisse avec Monseigneur Théodose, qui s’appelait St-Benoît. Et ça a duré _____?. P Stéphane ensuite il y a fallu qu’il arrête, ça ne fonctionnait pas, il a recommencé un peu plus tard. Et c’est en 86 l’église russe hors-frontière, surtout le groupe de gens qui entourait Monseigneur Vitaly devenait de plus en plus fermé et fanatique. Au point que peut-être une quinzaine d’années plus tard ils se sont séparé lorsqu’il y a eu les portes-parler d’union entre l’église russe hors-frontières et le patriarchat de moscou, tout ces gens là on formés une nouvelle église. Mais ça existait déjà dans les années 80, cette idée que nous sommes les seuls au monde. Et ça aussi c’était lâche. Et d’avoir les deux missions francophones en compétition ce n’était pas, non plus un très bon exemple. Donc, les paroissiens de St-Grégoire on décidé, avec le diacre et moi-même, d’être admis dans l’église en Amérique par Msgr Théodose, puis on a regroupé les deux paroisses.

M : Alors vous étiez le prêtre?

VI : Non, P Stephen l’était. Mais ça n’a pas fonctionné. Ensuite c’était le P Marc qui avait été diacre avec nous à St Grégoire, qui a été ordonné prêtre par Msgr Séraphin. Entre temps Msgr Séraphin est devenu l’auxiliaire du métropolite et ensuite il est devenu l’évêque d’Ottawa. Donc c’est lui qui en, je ne me souviens pas exactement de la date, mais en 90 je pense, que M Séraphin a ordonné le P Marc Pierre comme prêtre. Et c’est P Marc qui est devenu recteur de la paroisse.

Moi j’ai toujours continué à, moi je travaillais, P Marc aussi, il enseignait, et moi j’ai continué à aider à faire des remplacements, j’allais à Toronto, j’ai fais du remplacement dans une église antiochienne à Montréal pendant plus d’un an. J’ai toujours été ce qu’en anglais on appel un « supply priest ». Et c’est un peu plus tard, peut-être deux ou trois ans plus tard, P Marc a demandé à prendre une certaine retraite et que M Séraphin m’a demandé de prendre St-Benoît.

M : Alors d’avoir été « supply priest » pendant tout ce temps là a encore donné une expérience avec d’autres.

VI : Je n’ai jamais eu de problèmes avec les ethnies en tant que tel, je m’adaptais très, très bien pour les raisons que j’ai dis tantôt.

M : Pensez-vous que le Québec est quand même différent du reste du Canada et il y a quand même une certaine culture plus distincte, si on veut employer le terme, au Québec. Est-ce que c’est plus facile, en ayant une culture à nous même, d’aller visiter d’autres cultures sans se sentir opprimé ou envahi?

VI : J’ai de la misère à comprendre.

M : Dans le fond, la culture québécoise est beaucoup plus forte que dans le Canada anglais. Est-ce que vous pensez que cela vous a aidé à aller dans d’autres cultures sans vous sentir attaqué ou…

VI : Peut-être. Peut-être, parce que même au monastère, j’étais pris entre les américains et les russes d’origine. Et moi je n’étais ni américain, anglophone, ni russe. Parce que la majorité de ces jeunes russes là sont nés à l’étranger. Ils étaient d’Australie, d’Europe, ou des États-Unis, du Canada ou d’Amérique de Sud. Ce n’était pas des russes de Russie, c’était encore le rideau de fer et tout ça. Mais moi je me suis toujours trouvé entre les deux. Et parfois je trouvais que les américains avaient peut-être raison dans les conflits et des fois je trouvais que les russes avaient raison. Mais je n’ai jamais été capable de me situer comme étant un ou l’autre. Je n’ai jamais voulu non plus. Je n’ai jamais senti le besoin de devenir autre chose. Mais le fait de parler anglais ne faisait pas de moi un américain. Et le fait d’avoir appris le russe ne faisait pas de moi un russe. J’étais qui j’étais et je n’ai jamais senti le besoin de renier qui j’étais pour devenir autres choses.

Alors oui. C’est pour ça, quand j’allais au Mt Athos ou en Grèce ou ailleurs je me sentais parfaitement à l’aise. Alors peut-être. Peut-être ça vient du fait de mes origines. Peut-être.

M : On ne sait jamais…

VI : Quoique c’est difficile, on voit que les canadiens français sont très résilient dans le sens qu’avec l’orthodoxie c’est difficile de les toucher. Tout ce qui est religion, ils sont allergiques. C’est pour ça que les églises sont vides.

M : Et ça c’est à cause de l’histoire avec l’église catholique. Pensez-vous qu’un jour, après quelques générations ça pourrait changer?

VI : Peut-être. Il faut que cette réaction négative qu’ils ont vis-à-vis tout ce qui est religieux, disparaisse. Mais pour y arriver je ne sais pas ce que ça va prendre. Déjà ça fait deux, trois générations…

Quoique ce qui est intéressant, l’été dernier ou peut-être il y a deux ans, P Anatholy de Montréal, moi et le diacre Dimitri, on est allés en Abitibi pour voir les trois églises qu’il y avait là-bas, qui existent toujours, mais qui sont des musées qui sont entretenus par les villes. Et on était intéressés de voir ce qu’il restait, de voir les possibilités là-bas. Et il y avait, bien sur ce sont des jeunes, des jeunes historiens, des étudiants en histoire, etc, qui s’occupent de ces musées là pour la ville. Surtout à Rouyn-Noranda. Et ce qui était intéressant c’est que à parler avec eux, on s’est présentés à eux, on a eu la permission de célébrer une office là-bas, et ces jeunes là, n’avaient pas cette réaction négative qu’on aurait pu avoir il y a une génération. Déjà eux ils étaient intéressés. Ils n’étaient pas intéressés pour devenir, ils étaient intéressés du point de vu historique. De remettre les choses dans l’église comme elles devaient être. Par exemple, l’iconostase, on ouvrait les portes et les rideaux et puis il y avait un prêtre, comme un mannequin derrière habillé en prêtre. Donc, c’était un peu fantaisiste. Eux ne savent pas à quoi ça sert ces portes là, donc ils ont mit un bonhomme derrière.

Le chandelier à sept branches, il y en a trois. Bon, ils ont fait un musée. Ils ne savent pas à quoi ça sert et ils sont intéressés à ce qu’on les aides. Donc on voit déjà qu’il y a une attitude différente que qu’il y a vingt ans.

M : On ne sait jamais ou ça peut mener. Donc vous avez travaillé pendant ce temps-là à Montréal?

VI : Oui, oui. J’ai commencé à faire de la suppléance aux cours secondaires dans des écoles secondaires. Et ce n’était pas ma place (rire). Et j’étais en train de faire mon certificat en éducation. C’était pendant l’été, l’école était fermé et j’avais du temps de libre, et j’ai appris, à cause de ma tante qui était malade, qu’il ya avait des gens qui prenaient soins des personnes âgées à domicile. Alors je me suis informé et j’ai fais application et on m’a engagé. Alors, j’ai commencé à travailler comme ça, m’occuper des gens âgés, handicapés, malades et au mois de septembre j’ai préféré continuer ça que de retourner faire des suppléances.

D’une chose à l’autre, un jour le bureau m’a appelé et ils m’ont envoyés dans un centre d’accueil. Je n’avais jamais mi les pieds dans un centre d’accueil et c’était tout un choque de voir ces gens là, Alzheimer tout ça, je ne savais pas que ça existait. Donc, j’ai commencé à travailler dans les centres comme ça, sur appel, tout en continuant avec mes clients réguliers à domicile. J’ai dis, « bon, bien tant qu’à le faire, je vais aller prendre un cour ». Alors je suis aller prendre un cour pour travailler dans les hopitaux, je suis devenu préposé. Avant d’avoir fini le cour, même, on m’avait appelé pour un interview à l’hôpital Maisonneuve. Je suis resté là pour plus de 23 ans. Pour pouvoir avoir une retraite…

M : Alors vous aviez quand même un contact pastoral avec les gens aussi, de façon pratique.

VI : Ce qui était bien. Comme moine, la fondation du monachisme, c’est l’obéissance. La première chose qu’on nous apprend. Un novice s’appel, le mot pour novice c’est « posluchnik » ??? , ça veut dire un obéissant. donc quelqu’un qui apprend l’obéissance. Donc, travailler à l’hôpital, surtout dans les postes que j’avais – j’ai travaillé à beaucoup d’endroits dans l’hôpital – mais toujours sous obéissance à quelqu’un, que ça soit le patient, que ça soit l’infirmière, ou le médecin. Donc pour moi, je me sentais bien dans cette situation.

M : Est-ce que vous avez appris des leçons de ces gens là que vous avez pu apporter à votre temps comme évêque ou en temps que pasteur?

VI : Ça je ne peux pas le dire. Peut-être, mais je ne sais pas.

M : Et ensuite? Ça vous l’avez fait pendant une vingtaine d’année.

VI : Oui, j’ai arrêté en 2009, lorsque j’ai eu soixante ans. Et puis c’est là que j’ai été élu comme auxiliaire.

M : Alors, pouvez-vous me parler un peu de vos responsabilités en tant qu’auxiliaire, comment votre vie a changé, ce que cela vous a fait?

VI : Oui, bien il a fallu que j’apprenne tout. Et très, très, très vite. Pendant un an, je ne connaissais pas le diocèse, je ne connaissais pas les gens, je connaissais très peu des prêtres, et surtout pas des parroisiens. Parce que chaque paroisse est unique, chaque communauté a des origines différentes, a un vécu différent et culture différente. Notre archidiocèse s’il y a soixante paroisses, je pense qu’il y a soixante cultures. C’est vrai, honnêtement. Il n’y a pas deux paroisses pareilles.

Donc, la première année, j’ai passé mon temps à me promener d’un bout à l’autre du Canada à rencontrer tout ces gens là et à essayer de m’y retrouver. Donc cette première année là elle est assez vague dans ma tête, parce qu’il y avait trop de choses.

Ensuite, il y avait le retrait de Msgr Séraphin et là j’ai dû chausser ses souliers, ce qui n’était pas facile parce que j’avais trop encore à apprendre. Et aussi, j’ai mentionné tantôt la notion d’obéissance et là ça me mettais dans une autre situation, alors c’est moi qui devait décider. Je n’étais pas habitué à ça. Donc il y a beaucoup, beaucoup de choses qu’il y a fallu que j’apprenne. Heureusement il y avait les gens autour de moi pour m’aider, pour me guider, pour me corriger même. Donc avec le temps, j’ai fini par me retrouver là-dedans. Mais ça n’a pas été facile.

M : Non, sans doute. Savez-vous comment ça a été décidé que vous alliez être l’auxiliaire?

VI : Pour être auxiliaire, c’est le choix de l’évêque. C’est l’évêque qui choisi ses auxiliaires. Msgr avait besoin d’aide et il y a eu un genre de système qu’il a instauré ou il y a eu des nominations de la part des fidèles ou des prêtres, des gens qui ont envoyés des noms. Il y a eu une liste, certain ont été éliminés et il est resté avec six ou sept, je pense. Et c’était très long. Et c’est très pénible, parce que vous avez toujours cette épée de Damoclès qui suspend au-dessus de la tête et non, moi je ne recommande pas cette façon de faire!

Msgr ne se décidait pas. Finalement il s’est décidé sur un candidat et pour des raisons je pense plutôt politiques à ce moment là, au saint synode la candidature de cette personne là a été refusée. Quoique la personne, moi je crois, aurait fait un très bon évêque, mais ça c’est une autre histoire. On ne rentrera pas là-dedans.

Ensuite Msgr ne savait pas quoi faire. Mais le choix d’un auxiliaire vous avez pas besoin d’avoir tout un procédé comme ça, c’est l’évêque qui doit choisir quelqu’un et c’est lui qui propose son nom au saint synode, le saint synode interview cette personne-là et le saint synode décide si oui ou non. Je pense que Msgr avait tendance à vouloir recommencer le procédé et tout ça et je me souviens lui avoir dit de ne pas faire tout ça, de toutes façons, la seule personne qui pouvait choisir quelqu’un c’était lui. Alors quelques semaines plus tard j’ai reçu une lettre me disant que j’avais raison et que c’était moi! (rire) C’est comme ça que c’est arrivé.

M : Et votre réaction face à ça? C’était quelque chose que vous vouliez?

VI : Moi c’était « non »! C’était non, mais avec aussi… donc à l’intérieur je ne voulais pas dire non, par obéissance, mais d’un autre côté je ne me voyais pas du tout, du tout, du tout là. J’avais prévu, j’ai pris ma retraite de l’hôpital le 25 décembre 2009 lorsque j’ai eu soixante ans. Et au mois de mai j’avais prévu un voyage en Ukraine et en Russie, un pèlerinage à des endroits, des monastères, à des endroits qui avaient repris vie, qu’on étudiait dans les livres et qui maintenant existaient. Comme Pochayev, Divevo pour St Séraphin, Optina, les grottes de Kiev et tout. Donc j’avais planifié un voyage comme ça, d’un mois et demi. Et c’est ce que j’ai fais, je suis parti, je suis arrivé en Ukraine, j’ai passé un certain temps là-bas à visiter les monastères. Ensuite je suis allé en Russie. Là j’ai été à Divevo, j’ai été à St Petersbourg dans les monastères là-bas, cette région là, je suis allé à Valaam. Et le dernier weekend c’était prévu que j’aille à Optina et c’est à Optina ou j’avais le plus d’angoisse par rapport à ça, et le dimanche matin j’étais à la liturgie dans une plus petite église du monastère – pas les grandes ou il y avait des milliers de personnes – et durant la liturgie, c’est là que, je ne sais pas ce qui c’est passé, mais cette terreur que j’avais, cette crainte était parti. C’est là que j’ai compris que ce n’est pas moi qui décide. Ce n’est pas moi qui l’a demandé, donc si c’est la volonté de Dieu, ça va se faire.

Une consolation c’était que un endroit ou j’avais eu beaucoup de difficulté c’était à Pochayev et que l’icône de Pochayev vienne et soit là à la consécration épiscopale, ça m’a beaucoup réconcilié. Moi je ne crois pas que les choses nous arrivent par hasard et c’est pour ça que je me suis laissé aller et j’ai dis, « faites ce que vous voulez et on verra ».

M : Alors aujourd’hui qu’est-ce que vous voyez comme étant les plus grand défis pour vous, pour l’archidiocèse?

VI : Je n’ai aucune idée. Je n’ai aucune idée. Je pense qu’on passe une période difficile, je pense tout le monde et il ne faut pas spéculer, il faut simplement essayer de … le même esprit que qu’il y a cinq ans quand je me suis dis, « non, il faut laisser Dieu s’en occuper ». Si on essaie de trop manipuler, de trop vouloir faire à notre façon on risque de faire plus de mal. Et souvent il faut faire plus confiance à Dieu et je pense que Dieu prend bien soin de nous. Moi je ne suis pas négatif, je n’ai pas une vue pessimiste de l’avenir. On fait ce qu’on doit faire, avec l’aide de Dieu et je pense que tout va être correcte.

M : Et pour les paroissiens, les gens qui n’ont pas nécessairement beaucoup d’influence, les gens « normaux » qui vont à l’église, qu’est-ce qu’on peut faire?

VI : Le salut de ton âme! Non, honnêtement, St Séraphin a dit, « sauves-toi toi-même et mille personnes autour de toi seront sauvés ». Et je pense qu’on oublie ça. On voudrait prendre les choses en main, mais c’est beaucoup plus difficile que ça, je pense. Il faut vraiment devenir comme un petit enfant – je ne veux pas dire niaiseux – parce que le royaume des cieux est pour eux. En étant doux et humble vis-à-vis Dieu – cela ne veut pas dire qu’il faut se laisser manipuler, il y a une certaine maturité aussi dans l’obéissance, une certaine maturité dans l’humilité, ça prend des êtres humains fort pour y arriver. Donc, ce n’est pas une contradiction. Et je pense que si tout le monde on lutte, on fait notre propre lutte pour arriver à la grâce et à l’acquisition des vertus, je pense qu’on fait ce qu’on doit faire.

M : Dernièrement, c’est un grand pays, quand même, un grand archidiocèse et pour ça vous devez voyager beaucoup, j’imagine pour apprendre à connaître les gens, comme vous avez dit tantôt…

VI : Oui, il faut s’occuper. Je le dis toujours quand on a des réunions de prêtres, je vois ces hommes qui se sont dédiés, qui ont dédiés toutes leurs vies, qui ne sont pas riches. Beaucoup sont obligé de travailler en dehors, d’autres réussissent, mais il n’y a personne qui fait une fortune. Mais le dévouement et l’amour que ces hommes là ont pour leurs troupeaux, moi j’ai une grande admiration pour chacun d’entre eux et je leur dis toujours à quel point je suis fière de faire parti de cet archidiocèse, d’être parmi eux. Parce que c’est comme ça que ça fonctionne. Et l’archidiocèse, tranquillement pas vite, continue à grandir malgré nous. Et c’est intéressant.

VI : Maintenant fait « erase » et on oublie tout!

M : À moins qu’il y avait d’autres choses que vous voulez rajouter?

VI : Non.

M : Merci encore d’avoir pris le temps de nous parler aujourd’hui.